Mai 2020

Le mois de Mai était, sans aucun doute, le plus agréable de tous pour flâner dans Paris. Il y régnait une atmosphère indescriptible et infrangible de liberté et de sérénité. Même les esprits les plus hermétiques au bonheur se laissaient aller à sourire et à profiter de leur existence, assis en terrasse, à savourer le vin et la vie parisienne.

Les berges de la Seine débordaient de gens qui admiraient le soleil se coucher sur l’eau, qui illuminait d’une flamme les façades médiévales des quais et les édifices éternels, Notre-Dame, l’Hôtel de Ville et la Conciergerie. Au loin on devinait le dôme étincelant du Grand Palais et la Tour Eiffel qui ne tarderait pas, dès la nuit tombée, à couvrir la ville de ses lumières.

Dans ce contexte, il était assez difficile d’imaginer le malheur possible. Pourtant, depuis quatre ou cinq jours, Antoine recevait des alertes Lemonde.fr parlant d’une épidémie se propageant en Asie du Sud-Est. On évoquait sans plus de précisions des « centaines de cas », apparemment majoritairement cantonnés au Vietnam et au Laos.

Malgré le caractère inquiétant et, à tout le moins triste – des gens mouraient – de la nouvelle, Antoine ne parvenait pas à accorder une réelle importance à ce type d’informations, reléguées dans son esprit après les résultats sportifs, quelque part entre la météo et l’actualité artistique.

Au début des années 2000, alors que les humains se croyaient pacifiés par la puissance de feu démesurée d’un seul pays, les plus grandes peurs des hommes s’étaient fixées sur les maladies. En 2004, la « Grippe aviaire » avait enflammé la presse, les experts et les responsables politiques durant plusieurs mois. Le moindre cadavre d’oiseau était aussitôt soupçonné de transporter avec lui la mort et la pandémie. Les Occidentaux s’étaient préparés, tiraillés entre l’excès de zèle et la possibilité de passer à côté d’une catastrophe. Aucun responsable politique ne voulait se risquer à la légèreté et tous avaient encore en tête la fameuse légende du « nuage de Tchernobyl » ; bien qu’aucun responsable politique ne fût assez stupide pour dire « qu’il s’était arrêté à la frontière », tous les Français, trente ans après, étaient persuadés que la Gouvernement de l’époque n’avait pas pris les mesures adéquates.

L’Occident bien que souvent épargnée par les épidémies, préférait surréagir en affolant les populations et en procédant à des campagnes de vaccination massives.

Le schéma se répétait de façon systématique, à la moindre alerte d’une maladie mal identifiée. Lorsque l’épidémie de SRAS s’était déclarée en 2002, l’Asie du Sud-Est avait cédé à la plus complète des psychoses, confinant ses populations et suspendant ses échanges. Les médias occidentaux y avaient trop rapidement vu la résurgence des maux du Moyen-âge et avait anticipé l’effondrement de tout un continent.

Le SRAS avait disparu de la télévision et de la presse après une épidémie somme toute limitée à Hong Kong et à la Chine, qui ne priva l’humanité que d’un petit millier de ses congénères. Mais les images de hongkongais en costume cravate forcés de porter des masques avaient fait le tour du monde et marqué durablement une civilisation qui se pensait sans ennemis.

La terreur avait rapidement repris, quelques mois plus tard, lorsque des oiseaux se mirent à mourir par milliers. On suspecta une peste, puis on lui substitua le nom de « grippe », moins anxiogène, auquel on accola une épithète animalière, pour circonscrire le mal à une seul espèce : la Grippe aviaire terrorisa les hommes mais n’en tua que très peu. Alors que les prévisions les plus alarmistes envoyaient déjà 300 millions d’êtres humains au cimetière, la peste-grippe aviaire n’emporta que 245 personnes.

Après tant d’alertes, les populations occidentales avaient acquis la certitude qu’aucune maladie ou pandémie ne viendrait à bout de l’humanité ou, à tout le moins, de leurs pays. Antoine, comme beaucoup de ses compatriotes, n’accordait donc plus beaucoup d’intérêt au pseudo alarmisme des médias sur les maladies exotiques. Le SRAS, la Grippe aviaire, le H1N1 ou Ebola n’ayant pas été en mesure d’inquiéter les plus riches, ils ne constituaient plus un centre d’intérêt potentiel.

A la peur de la maladie succéda ainsi la crainte de mourir déchiqueté par des balles ou des éclats de bombe artisanale. Bien qu’ayant une Histoire chargée de guerres et de massacres, les Occidentaux du XXIe siècle éprouvaient la plus grande aversion à la violence et en avaient développé une quasi obsession pour la sécurité.

Les contrôles étaient devenus quotidiens et permanents : il n’était plus envisageable de prendre un avion ou un train, d’aller à un concert ou à un match sans avoir à ouvrir son sac, voire accepter une palpation.

Les grandes villes faisaient l’objet d’une surveillance millimétrée, parcourues de militaires surarmées et quadrillées par des réseaux de caméras de surveillance. Les déplacements étaient scrutés aussi systématiquement que les conversations : les smartphones et ordinateurs portables n’échappaient pas à l’œil protecteur des services de sécurité, d’espionnage et de contre-espionnage des grandes démocraties de l’ère moderne.

Les honnêtes citoyens, certains de n’avoir rien à se reprocher, ne s’en souciaient guère et acceptaient passivement d’être observés.

*

Contrairement à beaucoup de ses camarades de promotion, Thierry Harbageot avait pris ses études à l’ENA très au sérieux. Il trouvait un réel intérêt à disséquer les finances de l’Etat, à rédiger des décrets ou à analyser la sociologie d’une circonscription. Depuis longtemps, l’école n’avait eu pareil exemple d’élève passionné par des sujets si techniques et complexes. Appliqué et toujours agréable en société,  il était sorti parmi les mieux classés de sa promotion.

Son bon classement lui laissa un large choix : il pouvait, à peu près, rejoindre n’importe quel corps de l’administration française. Il avait opté pour le Conseil d’Etat, moins par attrait pour le prestige que par goût pour le droit administratif. C’est là, au bout de seulement quelques semaines, qu’il avait rencontré Inès Raimbourg, d’un an son aînée. Inès était bien différente de Thierry : elle venait d’un milieu modeste et avait gravi chaque échelon avec détermination et énergie. Là où Thierry se contentait très sincèrement de ce qu’il avait, Inès cherchait toujours plus et ne voyait aucune limite potentielle à son ascension. Ces deux caractères si différents s’accordèrent parfaitement et la relation de travail devint vite amitié.

Thierry n’avait pas été surpris de voir Inès quitter rapidement le Conseil d’Etat pour rejoindre le cabinet du Premier Ministre, en tant que Conseillère Santé. Elle y était restée durant tout le quinquennat, appliquée, énergique et appréciée. A la suite des élections, qui avaient donné une nouvelle majorité au pays, Inès avait dû quitter Matignon. Son parcours, ses relations et ses évidentes qualités humaines La propulsèrent alors à la tête de la Haute Autorité de Santé, un poste dur qui nécessitait au minimum une femme de son acabit.

En 2017, la France avait confié sa destinée à un Président centriste, qui souhaitait accueillir dans son gouvernement des personnes considérées comme expertes dans le domaine de leur ministère. Pour la Santé, il avait d’abord pensé à un médecin mais, préférant une personnalité plus politisée, il avait finalement nommé Inès. Là encore, Thierry n’en avait pas été surpris.

Il le fut cependant davantage lorsqu’elle l’avait appelé, quelques minutes seulement après l’annonce de la composition du gouvernement, pour lui proposer de devenir son Directeur de cabinet.

Très motivé par une aventure qu’il n’attendait pas, il avait immédiatement accepté. Il savait que cette promotion n’avait rien d’un cadeau : ses camarades étant passés par ce genre de poste en étaient ressortis lessivés et vieillis. Mais il avait foi en son amie : elle avait du travail et  avait besoin d’alliés sûrs dans un milieu hostile. Il serait là pour elle.

Le Premier Ministre avait confié à Raimbourg la lourde tâche de réformer la Sécurité sociale, un casse-tête politique et administratif. Elle était solide mais une épreuve pareille, qui jetterait certainement des centaines de milliers de personnes dans la rue appelant à sa démission, elle ne pouvait l’affronter seule. Elle savait qu’il fallait pouvoir compter sur son Dircab dans ces moments difficiles. Pour s’assurer d’une équipe solide et loyale, elle délégua entièrement la composition du cabinet à Thierry.

C’est ainsi qu’il proposa à Marion de tenter l’aventure gouvernementale. Quelques années étaient passées depuis le stage mais ils avaient gardé de bons contacts. Elle avait, depuis, complété sa formation par un Master en Droit humanitaire et avait vécu quelques années en Afrique. C’est du Niger, d’ailleurs, qu’elle accepta sans hésiter ni réfléchir cette offre d’emploi qui lui permettait de revenir en France. Elle ne s’était jamais imaginée à ce genre de poste et n’avait même pas de convictions politiques bien ancrées. Mais travailler avec Thierry était un gage suffisant. Et, à 25 ans, elle n’avait de toute façon pas grand-chose à perdre.

On lui confia un poste stratégique, que beaucoup de hauts fonctionnaires tenaient pour obscur: la communication. La tâche était vaste : rédaction de discours et d’éléments de langage pour la Ministre, relations avec les journalistes et enfin l’animation et gestion des réseaux sociaux. L’enjeu était d’éviter à tout prix le bad buzz, fatal à toute personnalité politique. Cadette du cabinet, elle était parfois toisée par ses collègues, tous technocrates ou médecins, qui maitrisaient parfaitement les sujets sur lesquels ils étaient affectés. C’était bien loin d’être le cas de Marion.

Mais elle n’était pas la seule à se sentir parfois ignorante dans ce monde qui se voulait si savant. Inès Raimbourg elle-même, malgré son professionnalisme et son application, était souvent critiquée pour une tâche impardonnable qui souillait son CV : elle n’était pas médecin.

Malgré sa bonne volonté et sa capacité à s’imprégner rapidement de sujets techniques, elle restait l’énarque, la techno qui n’avait jamais touché une seringue ou pris une tension de sa vie. Les plus aigris de ses adversaires ne manquaient jamais de le lui rappeler.

Elle parvenait toutefois à maintenir le navire à flot et à jouir d’une popularité qui donnait la migraine à ses collègues du gouvernement. Tous se demandaient comment Inès pouvait allier sincère gentillesse et compétence. On chuchotait même sur la « méthode Raimbourg » : était-elle un nuage de fumée qui ne tarderait pas à s’évaporer au premier souffle ou possédait-elle cette force qui faisait d’elle une véritable femme d’Etat ?

Raimbourg était bien entendu flattée par ces bruits de couloir qu’elle ne pouvait s’empêcher d’écouter. Mais elle n’était pas dupe. La popularité en politique était une notion fluctuante et elle savait qu’elle finirait par tomber, comme tous les autres.

Sa carrière gouvernementale pourrait peut-être même prendre fin dès cette année 2020. La réforme de la Sécurité sociale serait, en théorie, annoncée juste avant l’été. Il s’agissait d’une des promesses de campagne du Président. Il fallait selon lui s’attaquer au « Monstre froid » que constituait la Sécu. Cette formule lui avait été largement reprochée et il était certain que Raimbourg allait être attendue.

Si l’Elysée s’était bien gardé, durant les trois premières années de mandat, de communiquer sur ce projet, il avait été soigneusement préparé en amont par tous les services du Ministère de la Santé. L’idée était d’adosser le remboursement des médicaments et des actes médicaux sur le revenu des patients, mettant fin à l’égalité de tous devant les soins. Concrètement, on abandonnait la règle stricte du forfait pour un remboursement proportionné aux revenus. 

Economiquement, la mesure se tenait. Elle limiterait les dépenses de la sécurité sociale, sans compromettre la qualité des soins dispensés ni défavoriser les foyers en difficulté. Sans être rentable, ce qui n’était d’ailleurs pas son but, l’organisme parviendrait peut-être à l’équilibre pour la première fois depuis bien longtemps.

Politiquement, c’était une bombe à fragmentation. La réforme avait à peine quitté les tiroirs du Palais que, déjà, la classe politique entière la condamnait. Les forces de gauche déploraient une « casse » du système de santé tandis que la droite dénonçait une « stigmatisation » des foyers les plus aisés. L’extrême-droite reprenait à son compte un méli-mélo d’arguments pour se joindre au cortège de condamnations dirigées vers le gouvernement.

Si Inès Raimbourg pilotait la réforme, elle était parvenue – grâce à l’habilité de Thierry et Marion – à rester sous le feu médiatique. Pour l’instant, les médias et l’opposition pilonnaient les cibles habituelles : le Président de la République et le Premier Ministre. Mais elle ne pouvait ignorer que, dès lors que la « Loi Raimbourg » serait présentée, ce serait vers elle que seraient dirigés tous les tirs.

*

Après des premières années difficiles, Antoine avait fini par s’habituer à Paris. Débarquer en plein milieu d’année scolaire, en Première ES au Lycée Hélène Boucher, n’avait pas été optimal pour son intégration. Les groupes étaient déjà formés et il n’avait jamais vraiment réussi à trouver sa place. Il aurait préféré finir sa scolarité à Nice, où il avait grandi.

Mais son père s’était vu offrir une bonne opportunité professionnelle à Paris et sa mère avait eu des envies de capitale. Les enfants n’avaient pas eu leur mot à dire et la famille avait quitté le doux climat azuréen pendant les vacances de Noël.

Les choses furent beaucoup plus faciles pour sa grande sœur, qui avait déjà commencé sa prépa à Paris depuis Septembre et fut ravie de retrouver sa famille en plein hiver.

Antoine n’avait jamais été très sociable et, plongé dans une ville qu’il connaissait mal et dans un Lycée rempli de Parisiens, rencontrer des gens s’avéra impossible. Paris lui paraissait à la fois trop grande et trop petite. Les dimensions de la capitale lui faisaient regretter le Vieux-Nice et les longs trajets en transport le stressaient. Et pourtant, Paris paraissait souvent trop étroite, étouffée par une des plus grandes densités de population au monde.

Son goût pour la sociologie lui venait certainement de ces années durant lesquelles il s’était fait plus témoin qu’acteur des relations humaines. Alors que ses camarades de classe connaissaient leurs premières amours ou nouaient des amitiés qu’ils croyaient éternelles, lui restait à l’écart. Personne ne s’intéressait à lui et il aurait certainement pu s’absenter pendant de longues semaines avant qu’un professeur ne remarque son absence. Ce sentiment d’inadéquation avec son environnement l’avait longtemps contraint.

Même pendant sa vie universitaire – qui fut incontestablement plus heureuse que le Lycée – il n’était jamais parvenu à se détacher totalement du rôle qui l’avait été attribué : celui d’observateur.

*

Antoine était arrivé une dizaine de minutes avant l’heure du rendez-vous et en avait profité pour trouver un endroit pour s’abriter de la pluie. Le climat parisien, même lorsqu’il tendait vers le Printemps, gardait toujours quelques imprévus.

Il n’eut aucun mal à trouver un refuge lui évitant d’être parfaitement trempé. Il connaissait bien la place de la Bastille et savait qu’à la hauteur du ClubMed Gym, où se trouvait anciennement une agréable Fnac, il y avait une sorte de renfoncement qui permettait d’attendre au sec. Une fois protégé de la pluie, il sortit son smartphone et découvrit un message de Marion qui lui annonçait un léger retard. Il ne s’en formalisa pas et en profita pour s’informer sur l’état du monde. Les médias parlaient de plus en plus de cette Bronchite vietnamienne qui semblait faire de beaux ravages en Asie du Sud-Est. Les nouvelles étaient inquiétantes mais noyées dans un flot d’alertes. Antoine étant un peu stressé à l’idée de son rencard qui approchait, il ne parvînt pas à se concentrer et préféra scruter les passants, espérant voir arriver Marion au plus vite.

Même si elle tardait, la Place de la Bastille offrait en théorie suffisamment d’animation pour satisfaire le chercheur en sociologie. Mais en l’occurrence, la pluie gâchait un peu tout, les touristes devaient s’être réfugiés derrière un chocolat chaud au Café Français et les rares passants accéléraient le pas. Pour un sociologue, il n’y avait rien d’intéressant : les gens pressés ne prenaient pas la peine d’interagir.

Antoine n’était plus très loin de s’ennuyer lorsque Marion arriva. Il fut rassuré de voir qu’elle était aussi jolie que sur ses photos Tinder. Il avait déjà connu des déconvenues, de filles qui s’assuraient d’une photo d’appel bien trop flatteuse par rapport à la réalité. Sur ce point, au moins, Marion n’avait pas menti. Elle avait un visage fin, de beaux yeux verts et des cheveux légèrement bouclés. Un instant, Antoine pensa même qu’elle devait être déçue, il n’était pas de son niveau physique.

Il ne savait pas encore que Marion ne se souciait que moyennement de ce genre de choses. Elle n’avait pas vraiment de type physique bien établi et, comme beaucoup de filles, cherchait avant tout un garçon gentil et intéressant, ce qui ne semblait pas si évident à trouver.

Après s’être échangés les politesses d’usage, ils se dirigèrent vers le Café des Phares, situé sur la Place, en face de l’Hippopotamus. Le lieu avait l’avantage d’offrir une vue plutôt sympathique sur la Colonne de Juillet et sur l’Opéra et, surtout en cette période, une terrasse chauffée.

A la fin de la première pinte, Antoine et Marion étaient ravis. Leurs rapides échanges sur Tinder ne les avaient pas égarés et ils semblaient bien se correspondre. Intellectuellement, ils possédaient de nombreux points communs : politiquement et artistiquement, ils étaient compatibles. Tous les critères étaient réunis pour qu’ils s’embrassent, ce qu’ils firent après leur troisième pinte.

La quatrième pinte fut consacrée à des échanges sur la bronchite vietnamienne. Antoine ne connaissait, à part les quelques lignes reçues des Alertes du Monde.fr, strictement rien du sujet mais avait l’intime conviction que tout ceci n’avait pas d’importance et que les médias en rajoutait. Marion, qui feignait d’en savoir plus grâce à son travail au Ministère, pressentait quant à elle une potentielle catastrophe qui nécessiterait une action concertée des Etats européens. Antoine, sans s’opposer à ses arguments, la taquina un peu : il savait que les gens trop proches des gouvernements avaient tendance à anticiper les périls plus gros qu’ils ne l’étaient. Si la crise était résolue, ce serait grâce à leur action. Si elle ne l’était pas, on ne pourrait pas leur reprocher d’avoir minimisé la gravité du problème.

Marion ne voulait pas laisser croire que son action était inutile ; en tant que membre de cabinet ministériel, elle était amenée à se préoccuper de la bronchite vietnamienne ; un peu plus que ses concitoyens.

Pourtant, contrairement à ce qu’elle aimait laisser penser à ses proches, elle n’en savait pas beaucoup plus que les informations qui tournaient en boucle sur BFMTV. Ces informations, d’ailleurs, c’était elle qui les transmettait aux médias la plupart du temps.

Lors des réunions de cabinet de la Ministre, le sujet n’était que rarement abordé. Tout le monde se préoccupait de la Réforme de la Sécurité sociale et cette Bronchite, tant qu’elle restait vietnamienne, n’avait pas de raisons d’inquiéter outre mesure. Marion avait pourtant entendu quelques échanges qui n’invitaient pas à l’optimisme. Les médecins qui revenaient de mission au Vietnam rapportaient tous les mêmes éléments : cette Bronchite était non seulement extrêmement contagieuse mais très résistante aux antibiotiques. L’amoxicilline ou la cefotaxime, réputés très efficaces dans les cas d’atteinte pulmonaire, restaient sans effet.

Une zone du monde surpeuplée et peu équipée se retrouvait ainsi exposée à une maladie sans remède. Mais, à ce stade, l’Organisation Mondiale de la Santé ne préconisant, « aucune mesure particulière », ce qu’elle rappela judicieusement à Antoine : il ne pouvait, sur ce point, rien lui opposer.

Entraînés dans leur discussion, ils ne virent même pas venir la fermeture des lieux. Ils étaient déjà fortement alcoolisés lorsque le serveur leur demanda de quitter les lieux. Ils s’embrassèrent longuement, juste à l’entrée du métro. Mais ni l’un ni l’autre n’osa proposer un dernier verre chez lui. Les deux trentenaires, fatigués, travaillaient le lendemain et remirent à plus tard leurs premiers ébats.

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